L’éloignement, mais aussi la fermeture des entreprises, des commerces, pèsent sur la région

L’éloignement, mais aussi la fermeture des entreprises, des commerces, pèsent sur la région

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Créé en 1990, il accueille chaque année environ 40.000 baigneurs venus des environs et de la Loire toute proche.? - Dominique Parat

Créé en 1990, il accueille chaque année environ 40.000 baigneurs venus des environs et de la Loire toute proche.? - Dominique Parat

Il y a la ville, la campagne… et les confins du Livradois. Là-bas, vers Viscomtat, à la frontière de la Loire, mais à près d’une heure de Clermont et 1 h 20 de Saint-Étienne, on se sent… vraiment loin.

Le grand calme règne sur les confins

On ne passe pas à Viscomtat par hasard. La petite commune de 500 habitants nichée à 600 mètres d'altitude aux confins du Forez voit passer les saisons… dans l'indifférence générale. Pas de boulangerie, de médecin, de pharmacie, de police, ni même de tout à l'égout, à Viscomtat, on passe immanquablement chez Jocelyne et Christian qui tiennent un petit bar tabac en plein c'ur du village. « En travaillant sept jours sur sept et en ne prenant qu'une semaine de vacances, on arrive à tenir explique Jocelyne, mais ça n'est pas simple tous les jours. Le téléphone passe mal, et même Internet nous joue des tours : ma machine de la Française des jeux tombe régulièrement en panne, et j'invite souvent mes clients à venir chercher leurs gains… le lendemain, ou plus tard ».

Chercher le client !

Des clients qui sont presque de la famille. Jocelyne et Christian savent tout d'eux : « Ils n'ont pas besoin de demander, quand ils arrivent, le paquet de cigarette ou le magazine sont déjà prêts. Il y en a même des hameaux alentour qui commandent par téléphone : quand Christian passe vers chez eux avec son bus, il leur apporte leurs cigarettes ! »

Mais il y a longtemps que ces clients ne suffisent plus pour vivre. Pour s'en sortir, Christian va donc les chercher jusqu'à Ambert avec son minibus, et les ramène après une bonne soirée : « C'est… très familial. Je les materne. On mange souvent avec eux. Il faut dire qu'ici, ça manque vraiment de vie, alors on va la chercher ailleurs, car ici, on voit bien passer des gens de la Loire, l'été, qui vont se baigner au lac d' Aubusson, mais ils ne s'arrêtent pas ici ».

Baignade à Aubusson

Le lac, de fait, fut une bonne idée : créé en 1990, il devait apporter un peu d'animation dans la région, mais l'animation dans ce coin reculé reste toute relative : « On voit surtout les gens du coin, et quelques familles de la Loire, l'été. Il y a du monde surtout le dimanche, jusqu'à 500 voitures ! (environ 40.000 personnes par an) », confie Florence qui tient l'accueil depuis dix ans. Mais passé la belle saison, c'est le grand calme dans le petit village de 200 personnes : « Il n'y a plus un seul commerce, juste la scierie, le centre équestre… et bien sûr quelques paysans qui élèvent leurs vaches. Pour les courses, c'est Courpière, à 6 km, notamment le mardi, pour le marché. Moi, après avoir vécu à Paris, ça me va, c'est très… bucolique. On a son potager, des logements pas trop cher, mais les jeunes ne restent pas. C'est compréhensible. »

Nous voilà donc partis à Courpière, la « grande ville » de 4.500 habitants qui a traversé un passage… difficile. « Depuis les années 80, on souffre, nous explique André. Avant, on était bien ici : il y avait Jean Couzon, le roi de la casserole, qui employait 500 personnes, mais aussi les voiturettes Teilhol, les textiles Trebien… Tout a fermé et les commerces ont suivi. C'est la catastrophe. Mais si vous cherchez un appartement à louer, vous n'aurez pas de problème ! ». Cécile, qui travaille au bar Le Chignore, y a pourtant trouvé son compte : « C'est tranquille, il y a encore presque tous les commerces, et pas mal d'activités pour les jeunes, mais les jeunes, justement, se font rares. Il faut obligatoirement être mobile pour vivre ici. Pour l'instant, je suis là, j'y suis bien, mais c'est sûr, un jour, je partirai ».

Arnaud Vernet

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